Fin octobre, on regarde la table et les chaises du jardin, et on se pose la question : on les rentre dans le garage déjà plein, ou on les laisse ? La réponse honnête, c’est que ça dépend entièrement de la matière. Certains salons se moquent de l’hiver. D’autres se font démolir en silence, et on ne s’en aperçoit qu’au printemps.
Première idée à corriger : ce qui use un salon de jardin l’hiver, ce n’est presque jamais le froid sec. C’est l’eau. L’eau qui s’accumule dans un pied de chaise creux, gèle, se dilate, dégèle, et recommence des dizaines de fois ; l’humidité qui reste des semaines au contact du bois ou du textile ; les UV bas de l’hiver qui continuent de travailler les plastiques. Une nuit à moins cinq ne casse rien. Trois mois d’eau piégée, si.
En bref
- Aluminium, acier galvanisé, teck, résine de qualité : tolèrent l’hiver dehors, un nettoyage et une housse respirante suffisent.
- Résine d’entrée de gamme, plastique bas de gamme : deviennent cassants avec le gel et les UV. À abriter.
- Bois (pin, eucalyptus) : un saturateur avant l’hiver, sinon il grise et se fend. Idéalement rentré.
- Coussins et galettes : jamais dehors l’hiver, moisissure assurée. Dans un coffre sec.
- Plateaux en verre : à ranger ou au moins à couvrir à plat, l’eau piégée et les chocs thermiques peuvent les faire éclater.
On détaille matière par matière, la bonne façon de protéger ce qu’on laisse, et le minimum quand on n’a de place pour rien.
Ce qui craint l’hiver, ce n’est pas le froid
Le gel en lui-même est rarement le problème. Ce qui casse, c’est le cycle gel-dégel appliqué à de l’eau coincée quelque part : dans un tube de pied non bouché, dans une vis, dans une microfissure d’un plateau. L’eau gèle, prend du volume, écarte la matière d’un cheveu, dégèle, et la fissure grandit à chaque nuit froide.
À côté de ça, l’humidité continue fait son travail plus lentement mais sûrement : elle fait griser et fendre le bois, rouiller les points où la peinture a sauté, moisir les textiles. Et les rayons UV, même pâles, rendent les plastiques bon marché cassants au bout d’un ou deux hivers. Le bon réflexe n’est donc pas de « protéger du froid », mais d’empêcher l’eau de stagner et de limiter l’humidité au contact.
Résiste ou pas : le point matière par matière
C’est la matière qui décide. Le tableau ci-dessous donne le verdict en un coup d’œil, et les paragraphes qui suivent expliquent le pourquoi et le geste à faire avant l’hiver.
| Matière | Peut rester dehors l’hiver ? | À faire avant |
|---|---|---|
| Aluminium | Oui, sans réserve | Un nettoyage à l’eau savonneuse |
| Acier, fer forgé | Oui, en surveillant la rouille | Retoucher les éclats de peinture, couvrir |
| Résine tressée de qualité | Oui, sous housse respirante | Nettoyer, surélever les pieds |
| Résine ou plastique bas de gamme | Déconseillé (devient cassant) | Abriter ou rentrer |
| Bois (pin, eucalyptus, acacia) | Plutôt non | Saturateur puis housse, ou rentrer |
| Teck | Oui, toute l’année | Rien d’obligatoire, éviter les flaques |
| Plateau en verre trempé | Non | Retirer et stocker à plat, à l’abri |
| Coussins, galettes, textile | Jamais | Ranger secs dans un coffre ou à l’intérieur |
Aluminium et acier
L’aluminium ne rouille pas : il passe l’hiver dehors sans souci, un simple nettoyage à l’eau savonneuse en fin de saison suffit. L’acier, même thermolaqué, se surveille : partout où la peinture a été éraflée, un point de rouille peut démarrer. On retouche ces éclats avec une peinture antirouille avant l’hiver, et on couvre. Le fer forgé ancien est le plus sensible : idéalement rentré, ou soigneusement bâché après retouches.
Résine tressée et plastique
Tout se joue sur la qualité. Une résine tressée haut de gamme, sur armature aluminium, tient plusieurs hivers dehors sous housse. Une résine d’entrée de gamme devient cassante avec le froid et les UV : les brins se fendent, ça ne se répare pas. La table monobloc en plastique blanc, la Grosfillex des repas de famille et des terrasses de camping, dure des années dehors justement parce qu’il n’y a rien à abîmer dessus : pas de vis, pas de tube creux, pas de finition. Dans tous les cas, on surélève les pieds sur des cales pour que l’eau ne stagne pas dans la structure.
Bois : pin, eucalyptus, acacia
Les bois courants du mobilier de jardin ont besoin d’être nourris avant l’hiver. Un saturateur ou une huile spécifique, passé sur un bois propre et sec en octobre, limite la reprise d’humidité et le grisaillement. Sans ça, le bois boit l’eau, gonfle, sèche, et finit par se fendre aux assemblages. Le mieux reste de rentrer ces meubles ; à défaut, housse respirante et pieds surélevés. C’est la même logique que pour l’entretien d’une terrasse en bois : on traite avant que le mal soit fait, pas après.
Teck
Le teck est fait pour vivre dehors toute l’année. Il grise avec le temps : c’est une patine, pas un défaut, et il retrouve sa teinte miel avec un dégriseur au printemps si on y tient. La seule vraie précaution est de ne pas le laisser en permanence dans une flaque : on surélève, on incline légèrement pour l’écoulement.
Plateaux en verre trempé
Le verre trempé ne « gèle » pas, mais deux choses peuvent le faire éclater l’hiver : un choc thermique sur un plateau qui a déjà un micro-éclat au bord, et de l’eau piégée sous une fixation ou un joint, qui gèle et fait levier. Le plus sûr est de retirer le plateau et de le stocker à plat, à l’abri. Si ce n’est pas possible, on le couvre à plat, sans rien poser dessus, et on vérifie qu’aucune eau ne stagne au niveau des fixations.
Le piège de la bâche étanche
Une bâche en plastique parfaitement imperméable, serrée autour du mobilier, fait souvent pire que rien : l’humidité qui monte du sol et la condensation restent piégées dessous pendant des mois, et le meuble moisit ou rouille à l’abri des regards. Il faut une housse respirante, conçue pour laisser passer la vapeur d’eau tout en arrêtant la pluie, et on ne la referme jamais sur un mobilier humide.
Coussins, galettes et textilène
Les coussins ne passent jamais l’hiver dehors, même sous housse : la mousse retient l’humidité, et la moisissure s’installe à coup sûr. On les range secs dans un coffre de jardin étanche ou à l’intérieur. La toile textilène des assises de chaises tolère de rester dehors, mais elle se détend et se salit ; un brossage à sec avant de couvrir, et on évite qu’elle reste tendue sous le poids de la neige.
Bien protéger le mobilier qu’on laisse dehors
Pour tout ce qui reste dehors, la méthode est la même, et elle commence par un point qu’on saute presque toujours : nettoyer avant de couvrir. Une tache de gras, une trace de vin, des résidus végétaux laissés sous la housse tout l’hiver s’incrustent et deviennent très difficiles à retirer au printemps. Un coup d’éponge savonneuse, un rinçage, un séchage, et seulement ensuite la housse.
La housse, dans les règles
- Housse respirante et à la bonne taille : trop grande, elle bat au vent ; trop petite, elle laisse des zones exposées.
- Pieds surélevés sur des cales ou des palettes, pour couper le contact avec le sol humide et l’eau de ruissellement.
- Inclinaison : un léger dévers ou un objet sous la housse au centre de la table, pour que l’eau s’écoule au lieu de faire une poche.
- Sanglée ou lestée contre le vent, sans serrer au point d’empêcher l’air de circuler.
- Jamais sur du mobilier humide : on attend une journée sèche pour couvrir.
Le minimum si on n’a de place pour rien
Quand le garage et la cave sont pleins et qu’il faut vraiment tout laisser dehors, on limite quand même la casse. On empile les chaises pour réduire la prise à la pluie et au vent, on pousse l’ensemble contre un mur, sous un débord de toit si possible, on retourne les chaises pour que l’eau ne stagne pas sur les assises. Et on rentre au strict minimum : les coussins et les plateaux en verre, qui sont les seuls éléments qu’un hiver dehors peut vraiment condamner. Fermer un côté de la terrasse, avec un rideau d’extérieur ou un simple panneau, aide aussi à garder le mobilier plus au sec.
Et pour la saison prochaine, si le rangement est un casse-tête chaque automne, c’est peut-être le signe qu’un mobilier plus adapté, en aluminium ou en résine de qualité, réglerait le problème une fois pour toutes. On en parle dans nos idées pour aménager une terrasse à petit budget.
Questions fréquentes
Peut-on laisser une table en verre dehors l’hiver ?
Le plateau en verre trempé résiste au froid, mais pas forcément à un choc thermique s’il a déjà un micro-éclat, ni à de l’eau qui gèle sous une fixation. Le plus sûr est de retirer le plateau et de le stocker à plat, à l’abri. Sinon, on le couvre à plat, sans rien poser dessus, en vérifiant qu’aucune eau ne stagne aux points de fixation.
Le mobilier en résine tressée résiste-t-il au gel ?
Une résine tressée de qualité, sur armature aluminium, supporte plusieurs hivers dehors sous housse respirante. Une résine d’entrée de gamme devient cassante avec le froid et les UV : les brins finissent par se fendre, sans réparation possible. Dans le doute, on abrite.
Faut-il huiler le mobilier en bois avant l’hiver ?
Oui pour les bois courants comme le pin, l’eucalyptus ou l’acacia : un saturateur ou une huile passé en octobre sur un bois propre et sec limite la reprise d’humidité et évite le grisaillement et les fentes. Le teck, lui, n’en a pas besoin pour tenir, il se contente de griser.
Une bâche suffit-elle à protéger un salon de jardin ?
Une bâche parfaitement étanche et serrée fait souvent pire que rien : la condensation et l’humidité du sol restent piégées dessous tout l’hiver. Il faut une housse respirante, à la bonne taille, avec les pieds surélevés et une légère inclinaison pour l’écoulement de l’eau, posée sur un mobilier sec.
Le teck peut-il rester dehors toute l’année ?
Oui, le teck est prévu pour ça. Il prend une patine grise avec le temps, qui n’altère pas sa solidité et se retire au dégriseur si on préfère la teinte miel. La seule précaution utile est d’éviter qu’il reste en permanence dans une flaque : on surélève et on incline légèrement.