La cloison est montée, les plaques vissées, et la pièce a déjà l’air presque finie. C’est là que le chantier ralentit : il reste les bandes. Un travail qui ne pardonne pas la précipitation, parce qu’un joint raté se voit sous la peinture pendant des années, en ligne droite, à chaque fois que le soleil passe en biais sur le mur.
La bonne nouvelle, c’est que la méthode est toujours la même et qu’elle s’apprend en un mur : un enduit, une bande, trois passes, et de la patience entre chacune. Elle vaut pour les plaques à bords amincis, qui sont la norme. Si vos plaques ont été recoupées et que deux bords droits se rencontrent, le principe reste le même avec quelques précautions en plus, qu’on détaille pour le joint de placo sans bord aminci.
En bref
- Bande papier pour les joints entre plaques, bande armée ou cornière pour les angles sortants. La bande grillagée en fibre, c’est pour les réparations.
- Enduit à prise (en poudre) si l’on veut enchaîner les passes dans la journée, enduit à séchage (prêt à l’emploi) si l’on a le temps.
- Trois passes en général : on noie la bande, on remplit, on élargit et on lisse.
- Attendre le séchage complet entre deux passes : c’est la première cause de joints qui fissurent.
- Ponçage léger, dépoussiérage, sous-couche sur toute la surface avant la peinture.
On voit d’abord le matériel et les bandes, puis le choix de l’enduit, la méthode pas à pas, les angles, les têtes de vis et la préparation avant peinture.
Le matériel
Rien d’exotique, mais la largeur des couteaux compte plus qu’on ne le croit : c’est elle qui permet d’élargir chaque passe et d’effacer le joint au lieu de créer une bosse.
- Un couteau à enduire étroit (autour de 10 à 12 cm) pour la première passe et les têtes de vis.
- Un couteau large ou un plâtroir (20 cm et plus) pour les passes de remplissage et de finition.
- De la bande à joint papier et, pour les angles sortants, de la bande armée ou des cornières.
- Un enduit à joint, à prise ou à séchage, et une auge si c’est de la poudre à gâcher.
- Une cale à poncer avec un abrasif fin, ou une éponge abrasive, et une lampe pour contrôler.
Bande papier, bande armée, bande grillagée : ne pas confondre
Au rayon, les trois se ressemblent vaguement et portent des noms proches. Pourtant, elles n’ont pas du tout le même usage, et c’est l’une des causes les plus courantes de fissures.
La bande papier, pour les joints entre plaques
C’est la référence. Le DTU 25.41, qui encadre les ouvrages en plaques de plâtre, vise les enduits et les bandes papier, employés en couple : une bande et l’enduit prévu pour elle. Microperforée, noyée dans l’enduit, elle arme le joint et empêche la fissure de s’ouvrir quand le bâtiment travaille.
La bande armée, pour les angles sortants
Beaucoup de gens cherchent « bande armée placo » en pensant à une bande de joint renforcée. En réalité, c’est une bande papier doublée de deux lamelles métalliques, faite pour les angles saillants : ceux qui prennent les coups d’aspirateur et de valise. Elle se pose dans le sens indiqué sur le rouleau et protège l’arête. On peut aussi utiliser une cornière.
La bande grillagée en fibre, pour les réparations
Autocollante, pratique, elle rend service pour reprendre une fissure ou reboucher un trou, comme on le fait pour reboucher un trou dans du placo. Sur les joints d’une cloison neuve, on lui préfère la bande papier. Et si on l’utilise, on l’associe à un enduit à prise, plus dur, plutôt qu’à un enduit en pâte.
| Bande | Ce que c’est | Usage |
|---|---|---|
| Bande papier | Papier microperforé, à noyer dans l’enduit | Joints entre plaques, angles rentrants (pliée) |
| Bande armée | Bande papier avec deux lamelles métalliques | Angles sortants, arêtes exposées aux chocs |
| Bande grillagée | Treillis de fibre, souvent autocollant | Réparations, fissures, trous, avec un enduit à prise |
Enduit à prise ou enduit à séchage
Les deux font de bons joints. La différence tient surtout au temps dont vous disposez.
L’enduit à prise, en poudre
On le gâche avec de l’eau, et il durcit par réaction chimique, quel que soit le temps qu’il fait. Selon le produit, on peut recouvrir au bout de quelques heures, ce qui permet d’enchaîner plusieurs passes dans la même journée. En contrepartie, il faut gâcher de petites quantités, parce qu’une auge qui commence à prendre est perdue, et il se ponce un peu moins facilement.
L’enduit à séchage, prêt à l’emploi
En pâte, prêt dès l’ouverture du seau, plus souple à travailler et plus facile à poncer. Il sèche par évaporation de l’eau : comptez en général 12 à 24 heures entre deux passes, davantage par temps froid ou humide, ou dans une pièce mal aérée. C’est l’enduit le plus confortable pour un bricoleur qui fait ses joints le week-end.
Le bon réflexe
Enchaîner les passes sur un enduit encore humide, c’est essuyer les plâtres au sens propre. L’expression date de la fin du XVIIIe siècle : on appelait ainsi le fait d’habiter le premier une maison neuve, dont les plâtres n’avaient pas fini de sécher. Un joint recouvert trop tôt se rétracte, se creuse ou fissure. On attend que l’enduit soit sec à cœur, uniformément clair, avant la passe suivante.
Jointoyer un joint à bords amincis, pas à pas
Les plaques ont des bords légèrement amincis : quand deux plaques se touchent, ils forment un petit creux. Tout l’art du joint est de remplir ce creux sans jamais créer de bosse.
Première passe : noyer la bande
- On dépoussière le joint et on vérifie qu’aucune vis ne dépasse.
- Au couteau étroit, on remplit le creux d’enduit sur toute la longueur.
- On pose la bande papier bien centrée sur le joint, puis on la serre au couteau en chassant l’excédent d’enduit et les bulles d’air, du milieu vers les extrémités.
- On recouvre d’une couche fine, juste de quoi masquer la bande, et on laisse sécher complètement.
Deuxième passe : remplir
Au couteau large, on applique une couche plus large que la première, qui déborde de quelques centimètres de chaque côté. On lisse en tirant le couteau à plat, d’un seul geste si possible. L’objectif n’est pas l’épaisseur, c’est la largeur : plus la passe est large et fine, moins le joint se verra. Nouveau séchage complet.
Troisième passe : élargir et lisser
Une dernière couche encore plus large et très fine, qui gomme la transition avec la plaque. On contrôle à la règle ou simplement au couteau posé en travers : il doit toucher la plaque des deux côtés sans basculer sur une bosse au milieu.
Les angles rentrants et sortants
Les angles rentrants
On plie la bande papier dans le sens de sa longueur, en suivant le pli prémarqué, et on l’applique dans l’angle sur un lit d’enduit. On lisse un côté, on laisse sécher, puis l’autre : en travaillant les deux faces en même temps, le couteau abîme toujours celle qu’on vient de faire.
Les angles sortants
C’est là qu’on met la bande armée, ou une cornière. Elle se pose sur un lit d’enduit, arête bien droite, puis on la recouvre en deux ou trois passes de plus en plus larges de chaque côté. Un angle sortant traité avec une simple bande papier finit tôt ou tard par s’écorner au premier choc.
Les têtes de vis
Chaque vis doit être légèrement enfoncée sous la surface, sans déchirer le carton de la plaque. On passe ensuite deux couches croisées d’enduit au couteau étroit, en laissant sécher entre les deux. Une vis qui dépasse se sent immédiatement sous le couteau : on la revisse avant d’enduire, jamais après.
Poncer et préparer la peinture
Une fois la dernière passe sèche, on ponce légèrement, à la cale et à l’abrasif fin, juste pour effacer les reprises de couteau. Si on voit apparaître la bande, on est allé trop loin : il faudra une passe de plus. On contrôle avec une lampe tenue au ras du mur, qui révèle la moindre bosse.
Ensuite, on dépoussière soigneusement et on applique une sous-couche sur toute la surface, pas seulement sur les joints. L’enduit et le carton de la plaque n’absorbent pas la peinture de la même façon : sans sous-couche, les joints réapparaissent sous forme de bandes mates ou brillantes. Pour un mur parfaitement uniforme, surtout sous une peinture satinée, certains vont jusqu’à passer un enduit de lissage sur tout le mur, la technique qu’on détaille pour ratisser un mur.
Combien de temps prévoir ?
C’est la question qu’on se pose en regardant une pièce entière à jointoyer, et la réponse tient moins à l’habileté qu’au séchage. Le temps de travail effectif est court, c’est l’attente qui allonge le chantier.
Avec un enduit à séchage, on fait en pratique une passe par jour sur l’ensemble des joints : trois passes, c’est trois jours, plus le ponçage. Avec un enduit à prise, on peut boucler les trois passes dans la même journée si le produit le permet, au prix d’une auge à gâcher plusieurs fois. Dans les deux cas, je garderais une journée de marge avant la sous-couche : un joint qui paraît sec en surface peut encore être humide à cœur, surtout en hiver dans une pièce peu chauffée.
Et si le calendrier vous presse au point de vouloir peindre le lendemain des bandes, c’est le moment de reconsidérer l’ordre du chantier plutôt que de brûler une étape : les défauts de joint sont les plus pénibles à rattraper une fois la peinture posée.
Les erreurs qui font fissurer un joint
À éviter
- Recouvrir une passe encore humide : l’enduit se rétracte et le joint se creuse ou fissure.
- Des couches épaisses au lieu de couches fines et larges.
- Une bande mal serrée, avec des bulles d’air dessous : elle cloque ou se décolle.
- Une bande grillagée avec un enduit en pâte sur les joints d’une cloison neuve.
- Un angle sortant sans bande armée ni cornière.
- Poncer jusqu’à la bande, puis peindre directement sans sous-couche.
Questions fréquentes
Comment jointoyer du placo ?
On remplit le creux formé par les bords amincis avec de l’enduit à joint, on y noie une bande papier en chassant l’excédent, puis on applique deux passes de plus en plus larges et fines, en laissant sécher complètement entre chacune. On termine par un ponçage léger et une sous-couche.
Combien de passes pour les joints de placo ?
En général trois : une pour noyer la bande, une de remplissage, une de finition plus large. Les têtes de vis demandent deux couches croisées. Si la bande apparaît au ponçage, une passe supplémentaire s’impose.
Bande papier ou bande armée pour le placo ?
La bande papier pour les joints entre plaques et les angles rentrants. La bande armée, doublée de lamelles métalliques, pour les angles sortants exposés aux chocs, à défaut d’une cornière. La bande grillagée en fibre sert plutôt aux réparations.
Combien de temps attendre entre deux passes d’enduit ?
Avec un enduit à prise en poudre, quelques heures selon le produit, ce qui permet plusieurs passes dans la journée. Avec un enduit à séchage prêt à l’emploi, en général 12 à 24 heures, davantage par temps froid ou humide. L’enduit doit être sec à cœur et uniformément clair.
Faut-il poncer les joints de placo ?
Oui, légèrement, avec une cale et un abrasif fin, juste pour effacer les reprises de couteau. Un ponçage trop appuyé fait apparaître la bande et oblige à repasser de l’enduit.
Peut-on peindre directement sur les joints de placo ?
Non. Après le ponçage et le dépoussiérage, on applique une sous-couche sur toute la surface. Sans elle, l’enduit et le carton absorbent la peinture différemment et les joints réapparaissent en bandes mates ou brillantes.